La démarche musicale d'A Murella est de renouer avec une tradition ancestrale en associant une trame rigoureuse à l'ornementation et à l'improvisation.
A la suite de l'expérience des ateliers "Pulifunie di Corsica", Chantal Landi-Costérian et Marie Colonna de' Paoli ont senti la nécessité de pousser plus loin l'expérience musicale et artistique, en créant en 2002 un groupe féminin de polyphonies corses : "A Murella" (en langue corse: l'immortelle sauvage).
Elles chantent la terza et la secunda alternativement et ont choisi, au départ, deux participantes des ateliers pour chanter la voix de bassu et pouvoir former ce groupe, Fiurenza Dionisi et Marianna Calandrini, dont le métier de réalisatrice ne lui permet plus de participer directement au groupe pour les concerts et enregistrements mais qui contribue toujours à faire connaitre le groupe grâce à ses films.
La polyphonie de femmes est un terrain jusqu'à ce jour peu exploré (il existe très peu de groupes de femmes par rapport au nombre de groupes d'hommes existants), lorsque son existence n'est pas tout simplement niée par certains.... C'est, pour ces raisons, un sujet de recherche musicale et vocale particulièrement vaste et intéressant.
La particularité de ce groupe tient au double travail de recherche, effectué par Chantal Landi sur les techniques vocales et les sources musicales et vocales communes entre la Polyphonie Corse et la musique ancienne, et par Marie Colonna de' Paoli sur le corps de règles sociales et la culture qui sous-tendent la poésie corse et lui donnent son caractère.
Vocalement, "A Murella" chante dans une tessiture de voix de femme "normale" et ne cherche à aucun moment à imiter les voix d'hommes, ni par la tessiture, ni par le son de voix. "A Murella" est à la recherche permanente du son de voix qu'utilisaient les femmes qui chantaient entre elles, selon les circonstances et les situations.
Les recherches musicales effectuées pour la mise en place de l'atelier, et l'écriture de l'ouvrage "VINU DI PETRA", ont montré que les voix corses ne sont pas des voix dites "de gorge", au contraire elles sont claires ("què so' voci muntagnole, spurgulate di cannelle", ce qui signifie: "des voix de montagne, aux clairs gosiers").
D'après des enregistrements "sur le vif", on constate que ces chants étaient interprétés autrefois avec beaucoup de nuances, et de musicalité ; ils étaient chantés avec assurance, tout en gardant une certaine douceur. Les femmes chantaient à leur hauteur "naturelle", voix aigües ou plus graves.
"A Murella" est aussi à la recherche d'une différenciation des polyphonies entre elles, afin qu'en apparaisse la variété d'influence et de style. Certaines d'entre elles témoignent d'apports de plusieurs époques. "A Murella" renoue avec l'ornementation très riche remarquée par maints auteurs, corses ou non, des 18 et 19èmes siècles, témoignant leur étonnement et leur ravissement devant la luxuriance des mélodies.
Aujourd'hui, le groupe "A Murella" s'engage dans la voie des musiques de films en chantant des compositions originales de Chantal Landi-Costérian sur des textes de Fiurenza Dionisi, et de Marianna Calandrini, ou des arrangements de chansons corses anciennes, spécialement écrites pour ce groupe.